Scène tragi-comique au CDC d’Atlanta quand l’ACIP se voit dans l’obligation d’annuler sa réunion parce qu’un juge fédéral a cédé aux pressions de l’industrie pharmaceutique et déclaré que les membres fraîchement élus de cette commission devaient être déclarés … incompétents. Du coup, le démentiel calendrier vaccinal pédiatrique américain ne peut pas être révisé, et le problème des « passagers clandestins » qui fourmillent dans les vaccins anti-COVID ne peut même plus être abordé. Hélène Banoun s’est penchée sur la réaction du Pr Charlotte Kuperwasser (*). L’émoi est grand dans la communauté scientifique : le grand bond en avant de la transparence en matière vaccinale n’est pas pour demain… Bonne lecture.
Introduction et résumé par H. Banoun

Le Pr Charlotte Kuperwasser est biologiste moléculaire, spécialiste en cancérologie.
Elle revient ici sur l’annulation de la réunion de l’ACIP, prévue les 18 et 19 mars 2026. L’ACIP ((Advisory Committee on Immunization Practices, Comité consultatif sur les pratiques de vaccination) est un comité des CDC-US formé d’experts « indépendants » qui donne des avis consultatifs sur les recommandations vaccinales. Les États et les compagnies d’assurance américains se fondent sur ces recommandations pour rembourser les vaccins. L’enjeu est donc d’importance pour l’industrie des vaccins.
C’est l’ACIP elle-même qui a annulé cette réunion, suite à la décision d’un juge fédéral de suspendre la révision du calendrier vaccinal par le ministère de la Santé. Le juge prétend que les membres de l’ACIP sont incompétents sur la question vaccinale. Le juge a statué suite à une plainte d’associations professionnelles menées par l’Académie Américaine de Pédiatrie (AAP). Les associations professionnelles reçoivent une part non négligeable de leur financement directement ou indirectement de l’industrie pharmaceutique. Seuls les financements publics de l’AAP, par exemple, sont accessibles ; il est difficile de connaître les financements privés. La décision du juge suspend la modification du calendrier vaccinal décidée par le Ministre de la Santé (Robert Kennedy Jr).
Les associations professionnelles prétendent que les décisions du Ministre ne sont pas fondées sur la science. C’est exactement le contraire, puisque celui-ci demande des études scientifiques prouvant l’efficacité et l’innocuité des vaccins recommandés : ces études n’ont pas été effectuées contre placebo.
La réunion annulée aurait dû traiter des contaminants retrouvés dans les ARNm anti-COVID. Le processus de fabrication génère en effet des sous-produits comme des fragments d’ADN résiduels ( y compris des séquences codant pour la protéine Spike et des éléments régulateurs tels que le promoteur SV40), d’ARN double brin et des molécules hybrides ARN-ADN.
Ces contaminants ont été détectés par des scientifiques indépendants. Et finalement leur présence est admise par les fabricants et les autorités de santé.
Mais ces autorités n’ont pas mené d’études sur le devenir de ces contaminants et leurs effets possibles. Cet ADN persiste-t-il dans les tissus ? Interagit-il avec le génome humain ? S’intègre-t-il dans le génome humain ?Toutes ces questions restent sans réponse.
Le Pr Kuperwasser rappelle que les normes réglementaires relatives à l’ADN résiduel ont été élaborées pour de l’ADN nu, et non encapsulé dans des nanoparticules lipidiques qui transportent cet ADN à l’intérieur des cellules. Cette absence de règlementation spécifique a été reconnue par l’OMS en 2022.
La réaction du Pr Charlotte Kuperwasser
Conformément à l’ordonnance rendue le 16 mars dans l’affaire American Academy of Pediatrics et al. c. Kennedy et al., n° 1:25-cv-11916 (Tribunal fédéral du district du Massachusetts), la réunion de l’ACIP initialement prévue les 18 et 19 mars a été suspendue jusqu’à nouvel ordre.
À la lumière de cet avis, je souhaite exposer brièvement les points qui auraient dû être abordés lors de cette réunion et ceux qui méritent encore toute notre attention : les contaminants et les sous-produits d’ADN présents dans les vaccins à ARNm contre la COVID-19.
Les vaccins à ARNm ont été présentés comme une avancée technologique majeure. Ils ont été mis au point rapidement, déployés largement et présentés comme ayant fait l’objet d’évaluations rigoureuses. Mais plusieurs années après leur mise en service à l’échelle mondiale, une question scientifique fondamentale reste sans réponse : quel est le devenir biologique des sous-produits d’ADN dont on sait qu’ils sont présents dans ces vaccins ?
Il ne s’agit pas là d’une crainte sans fondement. Les fabricants reconnaissent dans leurs publications et leurs brevets que leur processus de production génère des sous-produits d’ADN. Des laboratoires indépendants et des laboratoires de contrôle réglementaire ont confirmé leur présence dans les flacons de vaccin. Et pourtant, malgré cela, la FDA et les fabricants n’ont pas fourni publiquement de données concernant le devenir, la persistance ou les seuils de sécurité appropriés pour l’ADN encapsulé dans les LNP (Lipid NanoParticles, particules nanolipidiques) présents dans les vaccins à ARNm. Les fabricants affirment qu’ils fournissent des données à la FDA conformément aux directives existantes. Cette combinaison — reconnaissance, confirmation et absence de données — devrait donner à réfléchir.
Pfizer et Moderna ont clairement décrit, dans leurs propres publications scientifiques, le processus de fabrication utilisé pour produire les vaccins à ARNm. Le processus de transcription in vitro génère des sous-produits d’acides nucléiques sous forme de fragments d’ADN résiduels, d’ARN double brin et de molécules hybrides ARN-ADN. Pfizer et Moderna reconnaissent également que ces sous-produits ne devraient pas être entièrement éliminés lors de la purification.
De plus, les deux entreprises ont expliqué comment ces structures d’acides nucléiques peuvent interagir avec les voies de détection de l’immunité innée lorsqu’elles sont présentes à l’intérieur des cellules. Tout cela ne prête pas à controverse. Il s’agit de connaissances bien établies en biologie moléculaire et cellulaire, et c’est la description même que font les fabricants de leur technologie. En d’autres termes, l’existence de ces sous-produits, ainsi que leur pertinence biologique potentielle, ne sont pas contestées, même si, à en croire les médias et le discours public, on pourrait penser le contraire.
Plusieurs laboratoires, parmi lesquels figurent à la fois des chercheurs indépendants et des laboratoires rattachés aux pouvoirs publics en Allemagne (PEI) et en Australie (TGA), ont analysé directement des flacons de vaccin. Leurs conclusions concordent.
Des fragments d’ADN sont présents dans tous les lots de vaccins testés. Et leur taille varie, certains atteignant plusieurs kilobases. Le séquençage révèle la présence d’ADN provenant de l’ensemble de la matrice d’ADN d’origine, y compris des séquences codant pour la protéine Spike et des éléments régulateurs tels que le promoteur SV40 (dans la construction de Pfizer).
Plus important encore, plusieurs analyses ont montré que l’ADN correspondant à la séquence Spike est présent en quantités nettement plus importantes que la structure plasmidique. Cela est important, car la plupart des tests de routine se concentrent sur les marqueurs de la structure plasmidique, ce qui peut conduire à une sous-estimation d’autres types d’ADN potentiellement plus abondants. Cela signifie donc que l’ADN mesuré ne reflète pas nécessairement la quantité totale d’ADN présente.
Au vu de ces résultats, on pourrait raisonnablement s’attendre à ce que la FDA et les fabricants aient mené des études approfondies visant à mesurer la quantité d’ADN de la séquence Spike présente dans les vaccins finis. On pourrait s’attendre à disposer de données indiquant si les sous-produits hybrides ARN-ADN sont systématiquement mesurés, ou ce qu’il advient des fragments d’ADN encapsulés dans des LNP après leur administration dans les cellules. On pourrait s’attendre à ce qu’il existe des données permettant de déterminer si l’ADN persiste dans les tissus, ou s’il interagit avec le génome humain, ou s’il s’y intègre. Et on devrait raisonnablement s’attendre à ce que des seuils de sécurité et des recommandations spécifiques à l’administration d’ADN par nanoparticules lipidiques aient été établis avant, ou au moins immédiatement après le déploiement du vaccin.
Et pourtant, six ans plus tard, ni la FDA ni les fabricants n’ont encore publié de données complètes accessibles au public qui apportent une réponse à ces questions.
La plupart des débats publics sur l’ADN des vaccins à ARNm se concentrent exclusivement sur l’ADN de la structure plasmidique. On dispose de bien moins de données et d’informations concernant les séquences dérivées de la protéine Spike, alors qu’il existe des raisons évidentes de supposer leur présence et que leurs implications potentielles pour la santé sont manifestes. Tout aussi important, il n’existe aucun cadre transparent et spécifique à chaque produit définissant les niveaux acceptables de ces sous-produits pour les vaccins à ARNm.
Comme cela a déjà été souligné dans des contextes antérieurs, les normes réglementaires relatives à l’ADN résiduel ont été élaborées pour une génération antérieure de vaccins et de produits biologiques qui n’introduisent pas d’acides nucléiques dans les cellules. Or c’est précisément ce que font les vaccins à ARNm : ils sont conçus pour transporter efficacement du matériel nucléique dans les cellules humaines. Tel est leur mécanisme d’action. Il est évident que les seuils d’ADN hérités du passé ne sont pas adaptés à ce nouveau contexte. Et cela a notamment été reconnu en 2022 par l’OMS après le déploiement mondial des vaccins à ARNm.
Comment se fait-il donc que, des années plus tard, il n’existe toujours pas de cadre clairement défini et accessible au public régissant ces sous-produits ? De plus, comment se fait-il que nous n’ayons pas de réponses à des questions qui sont pourtant faciles à traiter ?
Les outils permettant de répondre à ces questions existent déjà. Le séquençage moderne, la quantification moléculaire et les tests cellulaires sont largement accessibles, relativement peu coûteux et faciles à mettre en œuvre. La question n’est pas celle de la faisabilité, mais celle de la transparence. Ces analyses ont-elles été réalisées ? Et si oui, pourquoi leurs résultats n’ont-ils pas été clairement présentés ?
Au minimum, le grand public et la communauté scientifique devraient obtenir une réponse claire à une question fondamentale : lorsque des fragments d’ADN sont introduits dans des cellules humaines dans le cadre d’un produit médical, que leur arrive-t-il ? La voie à suivre consiste à mesurer toutes les espèces d’ADN concernées, y compris les séquences associées à la protéine Spike. Il faut évaluer leur persistance et leur comportement biologique ; définir des seuils de sécurité appropriés pour cette plateforme spécifique ; et surtout, rendre ces données accessibles au public. Non pas pour rassurer, mais pour apporter des preuves.
Le fait que cette question n’ait toujours pas été traitée, alors que le déploiement mondial a commencé depuis des années, n’est pas un simple oubli. Il s’agit d’un manquement fondamental à la transparence scientifique et réglementaire.
CHARLOTTE KUPERWASSER
MARS 2026
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(*) Charlotte Kuperwasser
Le Dr Charlotte Kuperwasser est professeure émérite au Département de biologie du développement, moléculaire et chimique de la Faculté de médecine de l’Université Tufts, ainsi que directrice du Tufts Convergence Laboratory au sein de cette même université. Le Dr Kuperwasser jouit d’une renommée internationale pour son expertise en biologie des glandes mammaires, en cancérologie mammaire et en prévention. Elle est membre de l’ACIP, le Comité consultatif sur les pratiques de vaccination.

